De l’IA partout, des robots dansants, un parfum de souveraineté et une affluence jamais vue : VivaTech a soufflé ses dix bougies avec un cocktail survitaminé. Pendant quatre jours, Porte de Versailles à Paris, la tech française et mondiale s’est retrouvée pour échanger, débattre et exhiber ses dernières trouvailles.
Cette édition exceptionnelle a marqué un tournant. Le salon a quitté son hall historique pour investir le pavillon 7, le plus vaste de la Porte de Versailles, déployé sur trois niveaux. Un changement de décor déstabilisant pour les habitués des neuf premières années, mais un signal clair : VivaTech se projette vers sa prochaine décennie.
VivaTech 2026 : des records d’affluence qui changent d’échelle
Lancée en fanfare sur les Champs-Élysées, cette 10e édition a accueilli plus de 200 000 visiteurs venus de 165 pays, contre 180 000 en 2025. Un cap symbolique franchi en grande pompe, qui place le rendez-vous au sommet des événements technologiques européens.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur 70 000 mètres carrés d’exposition, soit 20 000 de plus que l’an passé, le salon a réuni plus de 15 000 startups et 1 155 intervenants. Un déploiement logistique qui traduit l’appétit croissant des acteurs économiques pour cette vitrine de l’innovation.
Jeff Bezos, la méga-star de cette édition anniversaire
La grande vedette de ce VivaTech n’était autre que Jeff Bezos, fondateur d’Amazon. Le milliardaire américain est venu parler conquête spatiale, intelligence artificielle et entrepreneuriat aux côtés de Dave Limp, directeur général de Blue Origin, et de l’ancien astronaute de la Nasa Mike Massimino.
Bezos a rappelé son ambition lunaire avec Blue Origin et son souhait de déplacer les industries polluantes « loin de la Terre ». Sur l’IA, il a livré un message optimiste aux jeunes générations : « Il n’y a jamais eu de meilleure époque pour être entrepreneur, de meilleure époque pour lancer une entreprise. » Un signal envoyé à toute une génération de créateurs.
Les premiers VivaTech Bloomberg Awards, les « Oscars de la tech »
Parmi les figures marquantes, Peter Steinberger, créateur de l’agent IA open source OpenClaw, a fait sensation. Il a décroché le « Breakthrough Award » lors des tout premiers VivaTech Bloomberg Awards, présentés comme les « Oscars de la tech » par l’infatigable Maurice Lévy.
Yann LeCun, figure française de l’IA et nouvelle égérie de la French Tech depuis le lancement d’AMI Labs, a quant à lui reçu un « Momentum Award ». Ces récompenses inaugurales installent un nouveau rituel dans le paysage des conférences technologiques mondiales.
L’intelligence artificielle et la souveraineté au cœur des débats
L’IA était sur toutes les lèvres. Le Premier ministre indien Narendra Modi est venu défendre une intelligence artificielle inclusive et responsable, dans le prolongement du Sommet de Paris et de celui de New Delhi. Un discours qui fait écho à la volonté française de bâtir « une troisième voie de l’IA », alternative aux modèles débridés américains et chinois.
Cette dynamique a pris une résonance particulière. Quelques jours avant l’ouverture, Washington avait ordonné à Anthropic de couper l’accès à Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 pour tout non-Américain. Une décision choc qui a provoqué une brutale prise de conscience sur les dangers de la dépendance aux solutions non-européennes.
Les adieux d’Emmanuel Macron à la French Tech
Emmanuel Macron est venu pour la dernière fois à VivaTech en tant que président de la République. Agenda serré oblige, entre le G7 d’Évian et un dîner avec Donald Trump à Versailles, il n’a pas pris la parole sur scène mais a déambulé dans les allées avec Narendra Modi, visitant le pavillon de l’Inde, désigné partenaire IA de l’année et hébergeant plus de 80 startups.
Le chef de l’État a organisé une réception à l’Élysée le vendredi soir. Devant un parterre d’entrepreneurs et d’investisseurs, dont Frédéric Mazzella (BlaBlaCar), Eléonore Crespo (Pigment) ou encore Corine de Bilbao (Microsoft), il a lancé une déclaration enflammée à la French Tech : « Vous avez mis la France au cœur de la carte de l’innovation européenne et mondiale. »
Macron a fixé une feuille de route ambitieuse, appelant à une « préférence européenne » et à accélérer sur le financement. La troisième phase de l’initiative Tibi vient d’être dévoilée, avec 13 milliards d’euros déjà sécurisés auprès d’investisseurs institutionnels. Son avertissement final résume l’enjeu : « Le monde accélère, alors accélérez plus vite ! »
Robots, délégations étrangères et Expo universelle de l’innovation
Cette édition a accueilli 60 pavillons nationaux, soit 20 % de plus que l’an passé. L’Allemagne, pays d’honneur, exposait plus de 200 startups, tandis que le Canada, le Japon et Taïwan affichaient des stands imposants. Un véritable carrefour de la technologie à l’échelle planétaire.
Impossible de manquer les robots qui ont fait le show dans les allées, quitte à casser quelques écrans en dansant. Les machines des entreprises chinoises Unitree et Agibot, et leurs chorégraphies bien rodées, ont fasciné les visiteurs. Rappelons que la Chine a fabriqué 87 % des 13 000 robots humanoïdes déployés dans le monde en 2025, selon le cabinet britannique Omdia.
L’Europe tente de revenir dans la course aux robots
Face à la domination chinoise, les Européens contre-attaquent. La startup française Enchanted Tools présentait son robot Mirokaï, capable de s’exprimer dans une cinquantaine de langues. De son côté, l’espagnole Pal Robotics exposait ses modèles fabriqués à Barcelone, destinés à la logistique et à l’agriculture.
L’Allemagne hébergeait Neura Robotics, spécialiste des robots industriels, domestiques et humanoïdes. Côté français, la startup HABS a utilisé un robot d’Unitree pour proposer une expérience bluffante de télépathie, mettant en lumière le potentiel de l’interface cerveau-machine. Le futur numérique se joue désormais autant dans le matériel que dans le logiciel.
Santé, longévité et corporates à la fête
L’édition a mis à l’honneur des secteurs porteurs comme la santé et la longévité, avec près de 200 exposants contre 140 l’an dernier. Samsung et L’Oréal y déployaient des stands impressionnants, valorisant leurs partenariats avec les jeunes pousses.
Le programme « Je choisis la French Tech » a franchi le cap des 2 milliards d’euros, avec 23 grandes entreprises françaises engagées à acheter auprès des startups tricolores. L’initiative va s’exporter sous le nom « Choose European Tech ». Là encore, la souveraineté ne demande qu’à s’affirmer à l’échelle du continent.
Le salon s’est conclu par un festival ouvert au grand public le samedi, propice au réseautage entre passionnés et professionnels. C’est la tête dans les étoiles, avec l’intervention de Thomas Pesquet, que cette décennie s’est refermée. Prochain rendez-vous fixé du 16 au 19 juin 2027, pour ouvrir un nouveau chapitre.