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Defacto vise l’agrément bancaire européen pour révolutionner le financement des PME

defacto ambitionne d'obtenir l'agrément bancaire européen afin de transformer le financement des pme, offrant des solutions innovantes et accessibles pour stimuler leur croissance.

Defacto, la fintech française de financement des PME, franchit une étape majeure en demandant l’agrément bancaire auprès de l’ACPR et de la BCE. Déjà agréée comme société de financement depuis 2023, cette démarche stratégique lui permettrait d’accéder à l’ensemble du marché européen et de révolutionner le financement du besoin en fonds de roulement pour les petites et moyennes entreprises.

Defacto met le cap sur l’agrément bancaire européen

Fondée en 2021 par Jordane Giuly, Morgan O’Hana et Marc-Henri Gires, Defacto a construit une infrastructure de crédit instantané reposant sur un scoring propriétaire et l’automatisation complète de la chaîne de valeur. En cinq années d’existence, la startup a financé plus de 20 000 PME pour un volume cumulé dépassant 1,5 milliard d’euros.

Le dépôt de candidature pour un agrément bancaire auprès de la Banque centrale européenne représente un tournant décisif. Selon Charlotte Gounot, Directrice Générale Déléguée de Defacto, seules trois fintechs sollicitent actuellement un tel statut : Defacto elle-même, Revolut et Qonto. Ce choix signale une volonté affichée d’opérer dans un cadre réglementaire exigeant, contrairement à la majorité de ses concurrents.

Pourquoi passer du statut de société de financement à celui de banque

Détenir un agrément bancaire ouvre des portes que le statut actuel n’autorise pas. Le marché de la titrisation, en particulier, devient accessible : Defacto peut céder ses créances à des investisseurs institutionnels pour refinancer son portefeuille de prêts à moindre coût. Sans cet accès, les concurrents non agréés se retrouvent prisonniers d’un modèle économique fragile, généralement insoutenable à partir de la série A ou B.

Finexkap, pionnière du secteur, en a payé le prix fort : liquidée en 2022, elle n’avait jamais réussi à sécuriser des canaux de refinancement viables. Defacto a délibérément évité ce piège dès 2023 en obtenant son agrément de société de financement auprès de l’ACPR. Aujourd’hui, cette décision impose des exigences prudentielles strictes, mais elle garantit aussi l’autonomie opérationnelle et la pérennité.

L’IA et la compliance : deux piliers du modèle de Defacto

L’efficience opérationnelle de Defacto repose sur une synergie entre intelligence artificielle et rigueur réglementaire. Avec moins de 30 salariés, la fintech affiche une productivité quatre fois supérieure à celle des établissements bancaires traditionnels. Ce ratio impressionnant provient d’un modèle de scoring propriétaire qui évalue le risque crédit avec une précision remarquable, et d’une automatisation intégrale des flux de traitement.

Jordane Giuly, co-fondateur et CEO, insiste sur un point crucial : « L’IA est au cœur de notre modèle de crédit, de notre scoring, de notre façon de construire des produits. Mais l’IA ne remplace pas un agrément, ni des années de mise en place d’un cadre sain. » Cette philosophie résume la stratégie de Defacto : innover sans s’affranchir des garde-fous prudentiels.

Six produits pour répondre à tous les besoins de trésorerie

L’offre commerciale de Defacto couvre l’ensemble du spectre du financement du besoin en fonds de roulement. Avance de factures, paiement fournisseurs, crédit flexible à six mois, carte de crédit : chaque produit adresse une tension spécifique de la trésorerie des PME. Depuis 2024, la fintech propose également une plateforme de « lending-as-a-service » aux banques traditionnelles, déjà adoptée par Société Générale.

La distribution s’effectue selon trois canaux complémentaires. Les PME y accèdent directement via le site de Defacto, par des intégrations API dans des plateformes comme Qonto ou Malt, ou par un réseau de partenaires prescripteurs : experts-comptables, directeurs administratifs et financiers en temps partagé. Cette architecture multicanale explique la croissance rapide sans surcharge marketing.

L’expansion européenne : Belgique et Allemagne en ligne de mire

Actuellement, 5 à 6 % des clients de Defacto proviennent de l’étranger, attirés essentiellement par le bouche-à-oreille. Le cadre réglementaire français limite la communication commerciale hors de l’Hexagone, freinant une croissance naturelle. L’agrément bancaire européen, attendu vers mi-2027, lèverait ce verrou.

La Belgique et l’Allemagne constituent les premiers marchés ciblés. Ces deux pays offrent des caractéristiques économiques proches de la France : délais de paiement interentreprises similaires, culture affacturage bien implantée, et environnement de compliance familier. La montée en puissance de la facturation électronique obligatoire dans plusieurs États membres renforce cette attractivité, car elle crée une base de données standardisée favorable au scoring et à l’automatisation.

Un corpus réglementaire déjà aux trois quarts en place

Charlotte Gounot affiche une confiance mesurée sur les chances de succès. En tant que société de financement, Defacto dispose déjà de 95 % du corpus réglementaire requis pour un agrément bancaire. Les acteurs partant d’autres points de départ, comme Qonto avec son simple statut d’établissement de paiement, doivent combler davantage de lacunes, notamment en matière de gestion bilancielle et de mise en réserve de fonds propres.

Cette avance procédurale réduit les risques de refus et accélère les délais de traitement. Cependant, les gendarmes financiers scruteront la qualité des dispositifs de gestion des risques, la solidité des fonds propres et la capacité de Defacto à honorer ses obligations de liquidité. Ces critères, appliqués avec rigueur par l’ACPR et la BCE, expliquent la temporalité prudente de mi-2027.

Renforcement du gouvernement et des capacités stratégiques

Pour préparer cette ascension vers le statut de banque, Defacto a renforcé sa gouvernance. Le comité de surveillance accueille désormais Alain Demarolle, ancien président de LCH Clearnet et MyMoney Bank, et Nicolas Benhamou-Rondeau, fort de vingt années chez Société Générale, Citi et AXA. Ces recrutements signalent une maîtrise des enjeux bancaires et une capacité à gérer la complexité réglementaire.

Parallèlement, la capacité annuelle de financement a été portée à 1,8 milliard d’euros, consolidant la position de Defacto comme partenaire de référence pour les PME européennes en quête de solutions de financement flexibles et digitalisées. Cette augmentation de capacité reflète aussi l’adossement à des investisseurs solides, dont Citi et Viola Credit, garants de la stabilité financière requise.

La titrisation comme levier de croissance industrialisée

La titrisation représente l’arme stratégique de Defacto pour financer la croissance à grande échelle. En cédant ses créances à des investisseurs institutionnels, la fintech accède à du refinancement moins onéreux et libère son propre bilan pour générer de nouveaux prêts. Ce cycle vertueux n’est accessible que aux acteurs agréés bancairement ou assimilés.

Le marché de la dette privée structurée s’est considérablement développé depuis 2023, attirant les grands fonds d’investissement cherchant des actifs diversifiés et générateurs de revenus réguliers. Defacto se positionne comme un interlocuteur de confiance pour ces investisseurs, qui requièrent transparence réglementaire, qualité d’actifs et sophistication opérationnelle. L’approche bancaire de la fintech coche toutes ces cases.

Innovation et conformité : deux faces d’une même pièce

Le pari de Defacto repose sur une conviction : dans le secteur du crédit, conformité et innovation ne s’opposent pas, elles se renforcent mutuellement. Les exigences réglementaires imposent une rigueur dans la collecte et le traitement des données qui élève la qualité du scoring. Inversement, les capacités analytiques de l’IA permettent de détecter les fraudes et les dérives avant qu’elles ne deviennent critiques.

Cette intégration vertueuse explique pourquoi Defacto approche la rentabilité alors que ses concurrents non agréés dépensent des marges négatives pour croître. Le modèle de la fintech française démontre qu’il est possible de bâtir une entreprise de crédit durable sans compromettre l’innovation ni ignorer les devoirs de supervision des autorités. Cette posture, encore rare en 2026, devient un atout différenciant sur un marché en maturation.