Forvia engage une opération lourde de sens pour l’industrie automobile. L’équipementier automobile français vend son activité d’aménagement intérieur au fonds américain Apollo, sur la base d’une valorisation de 1,82 milliard d’euros. Cette cession d’activité vise d’abord un objectif clair : réduire la dette et recentrer le groupe sur des métiers jugés plus technologiques.
Forvia vend son aménagement intérieur pour 1,82 milliard d’euros
Le périmètre concerné n’est pas marginal. L’activité “intérieurs” a généré 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, soit 18 % des revenus du groupe. Elle regroupe 59 sites industriels, 8 centres de recherche et développement et 31 000 salariés dans 19 pays.
En France, cette branche s’appuie notamment sur des sites situés à Bains-sur-Oust, en Bretagne, et à Étupes, en Bourgogne-Franche-Comté. Forvia emploie environ 2 000 salariés en France et compte six usines sur le territoire. Le signal envoyé aux acteurs économiques est net : le groupe arbitre entre taille industrielle et solidité financière.
Une vente pensée pour réduire la dette nette de Forvia
La vente doit permettre à Forvia de renforcer sa structure financière. Le groupe indique viser une baisse de sa dette nette d’au moins 1 milliard d’euros, un enjeu central dans un contexte de coûts élevés, de pression sur les marges et de ralentissement du marché automobile européen.
La transaction reste soumise aux procédures d’information et de consultation des représentants du personnel. Si les conditions sont réunies, la finalisation est attendue d’ici fin 2026. Apollo s’engage de son côté à assurer la continuité opérationnelle des sites, des équipes et des programmes clients.
Un tournant stratégique pour l’équipementier automobile français
Ce tournant stratégique marque une étape supplémentaire dans la transformation de Forvia, né du rapprochement entre Faurecia et Hella. Le groupe veut concentrer ses moyens sur des activités à plus forte valeur ajoutée, notamment les technologies embarquées, l’électronique, l’éclairage ou les solutions liées à la transition du véhicule.
Dans les faits, l’aménagement intérieur reste une activité industrielle importante, mais fortement exposée aux volumes de production. Quand les immatriculations reculent ou que les constructeurs réduisent leurs cadences, l’effet immédiat sur les prix et les marges se fait sentir. C’est précisément ce risque que Forvia cherche à réduire.
La restructuration de Forvia s’inscrit dans une filière sous tension
La restructuration de Forvia intervient alors que les équipementiers européens traversent une zone d’incertitude durable. Entre 2019 et 2024, 82 % des équipementiers français ont vu leur chiffre d’affaires reculer, selon les données relayées dans les travaux parlementaires sur la filière.
La Fédération des industries des équipements pour véhicules a aussi alerté sur la fragilité du tissu industriel. Dans une enquête menée auprès de 35 équipementiers produisant en France, 45 % estiment que certains sites français sont menacés. Au printemps 2025, la Fiev évaluait que 10 sites supplémentaires pourraient fermer en France dans l’année suivante.
Forvia n’échappe pas à cette dynamique. Le groupe prévoit 10 000 suppressions de postes dans le monde d’ici 2028. En France, le site de Messei, dans l’Orne, doit fermer fin 2026, avec 109 emplois supprimés. Derrière les chiffres, la question industrielle reste directe : quels sites peuvent encore absorber la baisse des volumes sans perdre leur compétitivité ?
Apollo reprend une activité mondiale dans un marché automobile en consolidation
Pour Apollo, l’opération ouvre l’accès à une activité mondiale déjà structurée, avec des clients constructeurs, des équipes techniques et un réseau industriel étendu. Le fonds américain reprend une division qui fabrique notamment des planches de bord, panneaux de portes et éléments d’habitacle, au cœur de l’expérience utilisateur dans le véhicule.
Le pari repose sur une logique de consolidation. Dans un marché automobile moins porteur en Europe, les activités les plus exposées aux volumes doivent gagner en taille, en efficacité et en discipline financière. Apollo promet un cadre permettant à cette branche de poursuivre sa transformation.
Ce que la cession d’activité change pour les salariés et les sites français
Pour les salariés, l’enjeu immédiat porte sur la continuité des programmes et la visibilité industrielle. Les sites français liés à l’aménagement intérieur, comme Bains-sur-Oust ou Étupes, restent intégrés au périmètre cédé. Apollo affirme vouloir maintenir l’activité opérationnelle, mais le secteur reste soumis à une forte pression concurrentielle.
Cette cession d’activité illustre une tendance plus large : les grands équipementiers cherchent à alléger leur bilan tout en se repositionnant sur les segments les plus rentables. Pour Forvia, le montant de 1,82 milliard d’euros apporte de l’oxygène financier. Pour la filière, il confirme que la recomposition industrielle s’accélère.
Le dossier résume les tensions du moment : dette à réduire, transition technologique à financer, usines à sécuriser et clients constructeurs à suivre dans un environnement instable. La prochaine étape se jouera dans l’exécution de l’accord, avec un point de vigilance central : préserver l’outil industriel tout en répondant aux exigences financières.